Critiques

Critiques et interviews

Une soeur

Onlit éditions, mai 2021


Le Soir du 22 mai 2021

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La Libre Belgique, le 20 juillet 2021



Sous le voile les cheveux fauves

Un coup de cœur du Carnet et les Instants !!!


Autrice belge née à Bruxelles, Pascale Toussaint habite à la luzerne, cette maison où vécut l’écrivain surréaliste belge Louis Scutenaire qui lui inspira son premier roman en 2013 J’habite la maison de Louis Scutenaire. C’est là, à Schaerbeek, qu’elle accueille avec son mari, l’écrivain Jacques Richard, les Rendez-vous de la Luzerne, rencontres fameuses autour de figures essentielles de la littérature et du livre belges.

2021 est une année féconde pour l’autrice qui publie son premier recueil de poésie Des lilas des orages (mars) ainsi que son sixième roman Une sœur (mai).

2021 qui signe aussi la fin de sa carrière d’enseignante (fin juin).

Puisse cette vacance lui permettre de poursuivre son travail d’exploration de la langue, à aiguiser son style, tailler et retailler ses phrases courtes, elle pour qui « l’écriture a beaucoup d’importance ».

Dans Une sœur, Pascale Toussaint déroule son récit en vingt brefs chapitres durant lesquels Claire, la narratrice, cherche à comprendre, à la mort de sa tante Agnès, pourquoi celle-ci décida à 20 ans d’entrer au couvent. Agnès qui aimait la belle lingerie et le chocolat. Agnès qui coiffait de son peigne de corne ses longs cheveux fauves, dont personne ne soupçonnait l’existence, bien cachés sous le voile amidonné. « Que lui servait d’être séduisante ? »

« Pourquoi est-elle devenue religieuse ? », se demande Claire alors qu’on termine de mettre le cercueil en terre. Et cette idée, qui ne cesse de la hanter, que sa tante est passée à côté de sa vie de femme :

– Je ne suis pas déprimée, je suis révoltée. Elle a gâché sa vie.
– Gâché sa vie ? Comment peux-tu croire ça ?
– On dit même qu’elle en serait devenue folle (…)
– Justement ! Je l’ai connue jeune et belle. C’est ça qui est révoltant. Qu’une bécassine prenne le voile, je m’en fous. 

Cette incompréhension lance claire dans une sorte d’enquête. De femmes en femmes (à l’hôpital, au couvent, auprès de sa cousine Juliette, puis de sa mère), elle cherche à connaitre sa tante, à comprendre sa motivation à « s’enfermer » pour consacrer sa vie à Dieu. C’est finalement l’histoire de sa famille que Claire découvrira, et le sort peu enviable des quatre sœurs de son père, filles et femmes aux destins mis entre parenthèses (c’est peu de le dire).

Pourquoi est-elle devenue religieuse ? C’est par cette question que l’autrice interroge le devenir femme. Mais aussi les rôles que l’on nous assigne parfois, au sein de nos familles, selon que l’on est aînée ou cadette. Les rôles qui sont fonction, aussi – souvent – des injonctions d’un milieu, quand ce n’est pas de la société tout entière. À travers Claire, l’autrice sonde les non-dits qui, au fil du temps, se transforment en tabous. Et à refermer le livre on ne peut s’empêcher de se demander comment, s’ils n’avaient été tus, ils auraient permis à ces quatre-là un autre genre de vie.

Ce récit se lit d’une traite et fait l’effet d’une lame – juste assez effilée pour entailler profond –  et d’une main qui laisserait son geste en suspens dans l’espoir que… Et comme remonterait à la surface l’enfoui, la main appuierait à peine plus. Et la peau se mettrait à saigner.

Cette main, cette lame, ce sont les phrases de Pascale Toussaint. Concises. Comme autant de constats mis bout à bout et qui construisent l’histoire par touches. Ces phrases calées sur le rythme de Claire, de ses questions/rencontres/conversations pour (enfin) donner à voir la trame d’un récit familial fort. Celui d’Une sœur.

Amélie Dewez


Une religieuse chocolatée

Histoire effrante qui peut se produire dans les meilleures familles.

Une jolie femme, Agnès, insoumise mais aussi redoutablement passionnée, décide - âgée de vingt ans à peine - d'entrer au couvent. Cela signifie le renoncement à tout ce qui fait le cahrme de la vie. Décisiond'autant plus difficile à comprendre qu'un homme amoureux souhaite vivre sa vie avec elle.

Claire, guide précieux du lecteur, et conteuse se pose des questions : Ah ! Mais si Dieu était une femme. Ce serait dès lors les hommes qui poreraient le voile.

Lorsqu'Agnès meurt à l'hopital, bavant du chocolat qu'elle adorait, Claire, après l'enterrement, pense à une scène des "Vacances  de Monsieur Hulot" de Tati. celle où une chambre à air échoue sur le sol. S'y collent des feuilles mortes. Elle se métamorphose en couronne mortuaire. Ce roman nous plonge dans un climat d'angoisse et d'ambiguité. On devine, de la part de l'auteur une sensibilité sous-jacente et une culture éclairée par de judicieuses citations. On aime les phrases courtes à la Morand, l'écriture nerveuse, sans fioritures, directe, sans insupportables descriptions, des chapitres concis, bien structurés. Un sens de la rapidité, sans oublier l'esssentiel. Une manière pertinente d'envisager l'écriture.

La marque de Pascale Toussaint s'impose. Elle s'inscrit parmi les meilleurs écrivaines belges, dont Caroline lamarche, Lydia Flem, Amélie Nothomb, Véronqiue Brgen et Nadine monfils.

Marc Danval (La 3e Oreille sur RTBF)


 

Le pitch a de quoi interpeller: Agnès, I'amoureuse, Ia rebelle, décide d'entrer au couvent
le jour de son vingtième anniversaire. Sa nièce tente de comprendre et cherche des réponses, jusqu'à déterrer des secrets de familles, qui parlent mieux que quiconque.
Pascale Toussaint a I'art d'emmener le lecteur dans la quête de sa narratrice, l'écriture est
rythmée, le style est vif, le récit apostrophe et interroge sur ce qui pousse à faire des choix
radicaux, même à l'aube de la vie: vocation, sacrifice, fuite? Un roman qui questionne
aussi sur le rapport à la féminité.

Aurélia Dejond, Marie-Claire Belgique, Juillet-août 2021



Chaque vendredi, Anouk Van Gestel repère le meilleur des sorties littéraires, relie les genres, réveille les classiques oubliés, partage ses trouvailles insolites et ses rencontres d’auteurs, d’ici ou d’ailleurs.

Vous avez aimé "Un cœur insoumis", Sarah Dunant. Vous serez conquis.e par "Une sœur".

Agnès, 20 ans, décide contre toute attente de rentrer au couvent. A-t-elle vraiment eu la foi ? Agnès veut-elle vraiment sacrifier sa vie à Jésus, ou a-t-elle des raisons secrètes. Sa nièce décide d’enquêter, de comprendre comment, si jeune, on prend une décision aussi importante. Cela demande de fouiller dans les secrets des histoires familiales, de dénouer les non-dits, de tenter de comprendre les motivations de sa tante pour renoncer à une certaine idée de liberté.

L’extrait : Mon père ne parlait pas de lui-même. Ni de sa vie. Je connaissais à peine sa famille. Hormis le grand-père. Agnès était la seule qui venait à la maison. « La béguine », il disait. Ils se ressemblaient. Avant de mourir, lui, il a rembarré le curé et ses onctions. Peut-on rêver d’une autre vie ? Ma mère s’en fout. La religion lui tient lieu de garde-fou. Son existence n’a rien de bien catholique. 

Entre les lignes

Je ne connaissais pas Pascale Toussaint, romaniste et professeur de littérature. Je découvre une auteure belge habitée par la littérature. Des chapitres courts, des phrases ciselées où chaque mot est choisi et à sa place. Un petit bijou à lire d’urgence.

Des livres &+ À contre-sœur

Anouk Van Gestel - 24/05/2021


Sur RCF :

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          Lorsqu’elle se rend à l’hôpital pour récupérer les affaires de sa tante décédée, Claire, la narratrice, ne se doute pas que sa vie va s’en trouver bouleversée. La tante Agnès était religieuse depuis ses vingt ans. Et pourtant, dans sa valise, on retrouve des sous-vêtements en dentelle. Et pourtant, elle était gourmande, incapable de résister à du chocolat. Et pourtant, sous son voile, elle avait gardé sa chevelure rousse. « Ils ont voilé Agnès, mais, Lilith clandestine, elle a gardé ses cheveux. » Quelque chose cloche, qu’il va falloir éclaircir. Alors, Claire se met à enquêter. « Dans quel monde étrange vivait-elle ? »
          Une enquête familiale, sans doute. Mais de la famille nombreuse (cinq frères et sœurs à la génération de Claire, sept à celle de sa tante), il reste bien peu de vivants capables d’évoquer les souvenirs. Alors l’enquête commence par elle-même. Élevée religieusement avant de prendre ses distances avec la religion durant ses études de pharmacie, elle se sent complice de sa tante, de ses secrets de femme. Elle a vécu l’emprise des religieuses et des prêtres, les peurs savamment entretenues, la tradition d’obéissance. « Accepter est plus facile et réconfortant que refuser, surtout à sept ou huit ans. » Elle a vécu les aspirations à la certitude, avec sa mère pour qui la religion tenait lieu de garde-fou. Elle a vécu, c’est vrai, le ras-le-bol de la vie quotidienne et la tentation de la rupture avec cette course permanente. « Et puis, comme tout le monde, souffrir d’être à l’étroit, de manquer d’air : les trous dans le budget, la paperasserie, les rappels de factures qui ont rejoint spontanément le courrier indésirable… Au couvent, rien que le Silence, la Joie, le Chant. »
          Mais elle a vécu, surtout, des révoltes qu’elle attribue par osmose psychologique à sa tante. La « petite sauvageonne » a grandi dans le féminisme. Elle s’insurge contre la domination des mâles qui s’immisce jusque dans la religion— si Dieu était une femme, n’est-ce pas les hommes qui se retrouveraient voilés ? L’emprise des prêtres sur les religieuses ne perpétue-t-elle pas une forme de patriarcat ? Aussi, quand son ami lui propose de l’épouser, elle répond : « Que tu m’épouses, Philippe ? Tu veux dire que nous nous mariions, j’espère. »
          C’est à elle, d’abord, qu’elle pose les questions. Pourquoi se voiler ? Y a-t-il un besoin de se dématérialiser ? Un goût de l’uniforme ? Mais pour les hommes, l’uniforme démultiplie la virilité, c’est l’inverse pour une religieuse : « C’est le seul uniforme qui gomme la femme. » Qu’a-t-elle voulu gommer ? Pourquoi Agnès s’enfermait-elle ? Avait-elle peur ? Cela aussi réveille des souvenirs personnels. « Mes héroïnes favorites étaient la marâtre de Blanche-Neige et Cruella parce qu’elles m’effrayaient. » Mais qu’est-ce qui effrayait Agnès ? Et pourquoi, à vingt ans, quitter brusquement son fiancé ? Refus d’entrer dans le rôle d’épouse ? Au point de renoncer à la sensualité, quand on en garde les signes jusqu’à sa mort ? « On ne choisit pas la chasteté. Ça cache quelque chose. » Dans sa mémoire, un lien troublant unit des domaines pourtant si opposés : « J’apprenais les mots du sexe en même temps que ceux de la religion comme s’ils allaient de pair »
          Alors la quête s’élargit auprès des tantes survivantes. Entre les mots, discrets, par des bribes de confidences, elle reconstitue une histoire tue. Un père trop tendre, mais jusqu’où, une mère morte, une sœur suicidée. Et d’étranges coïncidences qui finissent par constituer une responsabilité larvée, qu’Agnès n’a pu assumer. Tout cela constitue-t-il une histoire ? Dans sa tête, dans la tête du lecteur, peut-être. Mais rien ne peut être dit. « À toi de rassembler les morceaux »
           Dans une écriture sobre, dépouillée, qui se permet exceptionnellement quelques belles images (« Des lys blancs explosent sur une marche près du cierge pascal »), Pascale Toussaint tente ici un portrait en diptyque, nièce et tante, dont on comprend d’emblée qu’il concerne toutes les femmes et tous les hommes conscients de ce qu’ils leur ont fait subir au nom de… Les points de suspension en disent plus long que les mots.
           « Tout le monde sait bien qu’aucune femme n’a plus à se cacher les cheveux au nom de…
          —Mais en quoi ça nous regarde ?
          C’était la vie d’Agnès. »

Jean-Claude Bologne, site personnel, juin 2021.


Des lilas des orages

Des lilas et des orages, un recueil poétique de Pascale Toussaint

paru aux Editions Samsa


La Libre Belgique 7 mars 2021, par Monique Verdussen :


Dites-le avec des fleurs... cliquez sur l'article ci-contre pour agrandir >>>




Edmond MorrelLittérature, Littérature d'ici



On se souvient des quatre romans publiés par Pascale Toussaint, en particulier de J’habite la maison de Louis Scutenaire (Editions Weyrich), roman qui nous avait valu d’interviewer l’actrice en 2013. Elle avait également publié, dans une collection dédiée aux « Lettres du Nord » chez Zellige, Un poème à vingt francs en 2015. Les Editions SAMSA dont on sait l’attachement à la valorisation du patrimoine littéraire belge (une de leurs dernières publications est celle du roman de Marie-Thérèse Bodart,le très attendu La moisson des Orges) avaient publié en 2015 un roman de Toussaint (Audrey H.) mais également une anthologie thématique des écrivains belges, C’est trop beau! Trop!, cinquante écrivains belges.

Aujourd’hui, chez SAMSA, elle nous fait la surprise d’un recueil de poèmes paru sous le titre Des lilas et des orages, titre qui est aussi un vers d’un des plus beaux textes du recueil, un poème en hommage à quelques chansons françaises se déployant sous le premier vers /On connaît la chanson/. Un très beau poème d’amour, dont on se dit qu’il ferait lui-même une chanson idéale.Ce n’est d’ailleurs pas le seul texte de ce recueil qui nous a inspiré une vocation identique, celle de se transformer en chanson. En effet, la plupart des poèmes de Pascale Toussaint ont cette rigueur formelle à laquelle se contraignent les auteurs qui savent toute la puissance créatrice que l’exigence prosodique développe. Par ailleurs, les poèmes de Pascale Toussaint sont construits dans le souci de raconter, de nous faire à chaque poème, un récit court . Il y a des portraits de jardin, de sensations , de parfums (en particulier du lilas qui nous vaut un texte d’une rare incandescence sur la mémoire des couleurs et des parfums du lilas pourtant tellement éphémère), d’hommes et de femmes et d’enfants saisis dans un instant de grâce (comme cette « Madame de l’Accueil » dont la bonté nous semble de toute éternité) ou de détresse. Il y a aussi l’évocation poignante d’une femme, Elle aura nonante ans au début de l’été/Je dis ça au moment / Où le printemps explose(…) De vibrantes images du grand âge en ces temps si cruels pour les aînés éclairent d’une lumière diaphane ce poème dédié à la mère de l’écrivain.

On pourrait en citer encore et encore, tant le livre est inépuisable: ainsi, cette belle manière de dire le fragile coquelicot entre les mains d’un enfant, ou la rupture d’un couple ou encore la solitude de la femme qui se croit laide. Mais le mieux ne serait-il pas de franchir la porte d’une librairie et d’acheter deux exemplaires du livre: le premier que vous conserverez précieusement pour le relire et l’annoter, et le lire à voix haute ou encore, si vous en avez la voix, le chantonner; le second pour l’offrir à une « Madame de l’Accueil », à une aînée, à la bibliothèque d’une école ou d’une maison de retraite. Chacun, quel que soit son âge, y trouvera le bonheur renouvelé de la poésie, dont ce premier recueil est aussi une promesse, celle des livres à venir que nous attendons déjà avec impatience.

Jean Jauniaux, le 4 mars 2021.

Nous avions interviewé Pascale Toussaint à propos de son roman J’habite la maison de Louis Scutenaire.



Cela fait des semaines que j'ai acheté ton recueil chez Tropismes, des semaines que je l'ai dégusté.

J'ai beaucoup aimé tes poèmes, parce qu'ils sont à l'image que j'ai de toi : sensible sans sensiblerie.

J'ai aimé l'enchantement des fleurs et , précieux pour moi, le surgissement d'un désenchantement. Rare, mais présent. Il donne du poids à l'ensemble.

Tout est dit avec élégance.

Françoise Lalande, 29 mars 2021


Très vite apparaissent des silhouettes des figures, et en quelques traits, se dessine un destin. Des fleurs à l'avant-plan, et des êtres dans le fond. Et, sous la luxuriance florale, les senteurs de l'amertume, des vies en jachère, les déceptions. Cest à mes yeux la grande réussite de votre livre : en mettant des fleurs et des fleurs de prime abord, vous créez une sorte de suspenss, de tension. Comme l'image dérobée dans le tapis.

Antonio Moyano, 21 jullet 2021.



Audrey H.


Pascale,

J'ai retrouvé avec plaisir votre petite musique (mêlée ici à la grande !), votre façon kaléidoscopique de mener le récit : ces fragments de dialogues qui dessinent un portrait, si l'on tient l'œuvre à distance. Il y a du vitrail profane dans votre manière - et ce que l'on voit ce sont deux femmes et la lumière qui les traverse. Plus de deux, me direz-vous, en plus ou moins arrière-plan. Mais je parle bien sûr d'Audrey et de sa mère. De cet amour qu'Audrey regrette de n'avoir pas assez eu, alors que l'ombre noire de l'amnésie va le dévorer. Et se réconcilier avec elle-même, c'est accepter de sortir du reproche pour exister enfin. Devenir la mère de sa mère, ce n'est pas la paix qu'elle y gagnera (la paix n'existe pas, non ? - sauf à être mort), mais la force, la force de rire et de vivre. J'aime que ce soit sur ce rire que se finisse votre livre. Voilà quelques impressions jetées en vrac, trop brièvement.

Philippe Bernadou, libraire à Montauban

C'est trop beau ! trop ! Cinquante écrivains belges


Je reviens vers ton livre, auquel je retourne régulièrement... je persiste à trouver sa subjectivité pleinement assumée, tout à fait épatante... Je suis heureux de voir surgir des personnages souvent oubliés (je pense, par exemple, à l'adorable Robert Vivier, beau-père d'Haroun Tazieff et qui fut longtemps mon voisin à Boistfort).

Bien fidèlement.
Pierre Mertens.

Un poème à vingt francs

Une émission sur Radio Midi-Pyrennées

Commencer à 2, 49 min.

Le Carnet et les Instants, Séverine Radoux


"L’âme belge dans tous ses états"

L’ouvrage de Pascale Toussaint est une anthologie thématique qui met en valeur cinquante écrivains belges. Face à un marché qui possède déjà quelques anthologies de littérature belge de qualité, on est en droit de se poser la question de l’intérêt d’un nouveau recueil de ce type. C’est guidée par cette question que je me suis plongée dans C’est trop beau ! trop ! afin de vous livrer ses lignes de force…


Après avoir laissé la parole à Jean Louvet dans la préface, l’auteure nous livre les grandes lignes de l’histoire de la Belgique avant de nous proposer dix thèmes de son choix, représentés par des auteurs dont nous pouvons lire une brève biographie et quelques extraits de leurs textes. (...) Ce qui démarque cette anthologie des autres est la casquette d’enseignante de Pascale Toussaint que l’on ressent à travers les choix effectués. Le titre nous donne déjà le ton : « C’est trop beau ! trop ! » est une phrase écrite par Rimbaud lorsqu’il découvrit Bruxelles. L’auteure espérerait-elle que ses élèves, à qui elle dédicace ce livre, lui lancent ce même cri du cœur à la lecture des extraits ?


Cette anthologie est plaisante à lire car nous ne sommes pas face au nouveau « Lagarde & Michard » de la littérature belge. Pascale Toussaint a en effet l’intelligence de ne pas tomber dans le piège de nous assommer de détails sans grand intérêt pour comprendre l’âme belge. Car c’est de cela qu’il est question. De l’histoire de Belgique, nous n’aurons un rappel que des événements qui serviront la compréhension des textes du recueil. Des auteurs sélectionnés, nous accéderons uniquement aux piliers qui ont fait ce qu’ils ont été ou sont (leurs parents, l’atmosphère de leur enfance, leur formation, leur carrière et les genres auxquels ils se sont essayés) et surtout, leur positionnement par rapport à leur identité belge. Tantôt déniée jusqu’à l’abrogation, tantôt revendiquée comme un étendard, parfois assumée selon certaines nuances, l’âme belge ne laisse aucun auteur indifférent. Ainsi, pour Rodenbach, « [q]uant à faire de la littérature en Belgique, m’est avis que c’est inutile et impossible ».


Là où on sent également l’empreinte pédagogique de l’auteure, c’est quand elle rapproche des textes d’auteurs belges de ceux du patrimoine classique (Verlaine, Zola, Prévert, Brecht,…) ou quand elle renvoie à quelques films récents pour pousser à approfondir la réflexion (par exemple, le réalisme de Constant Malva est comparé à celui des frères Dardenne, La salle des profs de Liliane Wouters est rapprochée du film Entre les murs de Laurent Cantet). On peut même lire parfois une petite explication éclairante pour les lecteurs dont l’esprit critique n’est pas encore assez aiguisé : « [en parlant d’Une paix royale de Pierre Mertens] Il y serait porté atteinte à l’honneur de la famille royale. Deux passages sont soumis à la censure […] Cet événement est grave à double titre : on dénie à l’écrivain à la fois sa liberté de créer et sa position d’intellectuel engagé. »


Pascale Toussaint propose une très brève analyse de chaque extrait, généralement centrée sur un élément intéressant du texte présenté. Elle nous laisse là un goût de trop peu, les limites de ses analyses n’étant pas clairement explicitées. Par contre, elle se rattrape dans le dossier pédagogique proposé avec l’anthologie (on peut l’obtenir assez rapidement en format électronique sur simple demande), où une série de questions sur la forme, le contenu sont évoquées, mais aussi des questions transversales (par exemple, s’interroger sur la condition des femmes aux XIXe et XXe siècles). Des exercices intéressants de lecture, d’écriture et de recherche documentaire (analyser des films, visiter des musées, créer des collages,…) sont également proposés et tout cela, dans le respect des nouveaux programmes de l’enseignement du français. Les enseignants y trouveront des idées très chouettes pour créer de belles leçons pleines de sens afin de susciter la naissance d’esprits éclairés !


Par ailleurs, chaque extrait présenté dans le recueil est mis en lien avec une œuvre artistique belge, généralement une peinture. Une initiative intéressante, mais légèrement frustrante car les illustrations sont reproduites en noir et blanc et dans un format très petit, ce qui nous laisse peu de place pour « sentir » l’écho entre l’extrait et la figuration picturale.


Nous avons également l’occasion de lire des anecdotes savoureuses qui nous font entrevoir qui étaient les auteurs de notre patrimoine. Ainsi, nous apprenons que Simenon a eu 27 pseudonymes, que Nougé a déménagé 36 fois, que Pelléas et Mélisande comporte 489 points de suspension et 232 points d’exclamation et que Gaston Compère a participé à l’émission télévisée littéraire Apostrophes de Bernard Pivot.


L’originalité de cette anthologie réside dans la passion contagieuse de l’auteure, qui se veut davantage « complice de cette histoire qu[e] de l’Histoire ».


    Tout cela veut témoigner de l’originalité de la littérature belge et rappeler la nécessité de la distinguer de la littérature française. Nous vous invitons à lire les Belges, classiques et contemporains. Notre littérature a et aura encore beaucoup à nous donner.


On retrouve aussi cette ardeur dans la citation de Pierre Mertens qui ouvre le recueil :


    Je m’en remets à la lecture pour nous sauver.


    Le droit à la littérature est un droit de l’homme





Un mot me vient immédiatement à la lecture de ton livre : "épatant !" C'est une superbe marqueterie qui aurait pu constituer un roman d'initiation mais qui, de façon plus singulière, pointe quelques moments privilégiés... De la toute belle ouvrage !

Pierre Mertens



Ton roman m’a fort touché.

Je t’ai accompagnée au fil des pages,  de ma naissance (j’avais déjà dix mois quand Marcel attrapait le train de quinze heures trente-deux) au seuil de la vieillesse (je viens de prendre ma retraite lorsque tu décides de publier).

Grâces à ces petits détails qui font ressurgir du plus profond de nous-mêmes des sensations, des images, des souvenirs, on revit le temps passé.

La DS, le paquet de Belga, la « Belgique joyeuse », la Loi Unique, la grenadine au goût de métal, la Vache qui rit, le rollmops mayonnaise, la boîte de corned-beef, le pain perdu, le passage d’une trottinette, la voix de Monsieur Météo, la bande annonce de Thierry la Fronde et la musique de Mon Oncle de Jacques Tati  réapparaissent comme par miracle. C’est la fête de la synesthésie à faire saliver Marcel Proust en personne.

Les événements  se succèdent de l’expo 58 en passant par mai 68.

Voilà le Bon Marché que l’on avait oublié. Les flammes de l’Innovation non évoquées nous viennent quand même à l’esprit.

Un petit tour à la Mer du Nord s’imposait avec ses odeurs contrastées et envahissantes.

On redécouvre la mentalité « belgicaine »  et  l’on revoit des femmes en tailleur serrées à la taille et dominées par les hommes.

Et puis l’Afrique du Nord. Pays qui faisait « grandir l’âme ». Ma famille y vivait, seuls Européens d’Adjim. Je me revois, enfant, jouant avec le petit Ahmed sur les mêmes petites photos en noir et blanc aux bords dentelés évoquées dans ton roman. A l’époque, pas besoin d’entourer les bouteilles de vin dans du papier journal, Le douanier était encore Français. Sous Bourguiba : « Vive le Mornag libre! »  La mode faux-cul s’est imposée ensuite.

Mais l’attitude des rares touristes déjà nous navrait.

Quand je parle de moi, je parle de vous, disait Victor Hugo.

La bouleversante mort du père fait renaître celle que l’on a vécue.

J’ai évidemment été sensible à tes subtiles et humoristiques allusions au métier d’enseignant comme à la judicieuse présence des textes rimbaldiens.

Un délice cette hypallage : «  dans son peignoir ensommeillé » !

« Un poème à vingt francs »  me semble être un roman-miroir qui incitera le lecteur à  méditer non seulement sur son parcours personnel, mais aussi sur la vie de ses proches.

Et ce n’est pas un petit mérite.


« Un avis de quatre sous » de Constantin Catsaras



J’habite la maison de Louis Scutenaire

La Libre Belgique


Etiqueté "roman" (là où nous voyons plutôt un récit), "J’habite la maison de Louis Scutenaire" est dû à la Bruxelloise Pascale Toussaint, qui enseigne la littérature depuis vingt-cinq ans dans notre capitale. Avec son mari et ses deux enfants, elle vit à la "Luzerne", maison qu’elle a acquise, située dans la rue du même nom à Schaerbeek, qu’habitèrent durant des décennies l’écrivain surréaliste et son épouse Irène Hamoir (alias Lorrie, alias Irine) qui comptaient parmi les rares amis intimes de René Magritte et de sa femme Georgette (Berger), eux-mêmes Scharbeekois d’adoption. Admiré - voire vénéré - par les fins lettrés pour ses aphorismes réunis dans "Mes Inscriptions" (dont le premier recueil parut chez Gallimard en 1945, appuyé par Paul Eluard), Louis Scutenaire (Ollignies, 29 juin 1905 - Schaerbeek, 15 août 1987, à qui en 1991 Raoul Vaneigem consacra un essai dans la mythique collection "Poètes d’aujourd’hui" chez Seghers) reste inconnu du grand public, ce que déplora Frédéric Dard (alias San-Antonio) dans "Poison d’avril ou la vie sexuelle de Lili Pute" : "La meilleure histoire belge, je vais te la dire, c’est la plus terrifiante de toutes : Il est une fois Scutenaire et les Belges n’en savent rien. Et les Français non plus […] Il dit tout, mais par brèves giclées". Par ce livre vivant et vrai, écrit avec tendresse et alacrité, Pascale Toussaint a voulu ouvrir "un dialogue à travers le temps entre les occupants successifs de la Luzerne". Les nombreux passages en italiques évoquent le casanier Scutenaire (un provocateur qui resta impénitent stalinien…) et ses "coreligionnaires" surréalistes - très souvent frères ennemis - en s’appuyant sur les souvenirs de spécialistes belges de ce mouvement capital du XXe siècle, au premier rang desquels figure Christian Bussy; les remerciements de l’auteur s’adressent aussi, entre autres, à Xavier Canonne. (Fr.M.)

Francis Matthys -  le 2 setembre 2013


J'ai pris grand plaisir à la lecture de votre livre. J'ai retrouvé le Scut avec qui je m'entretenais en picard, tandis qu'Irène maugréait "quand vous en aurez fini avec votre jargon...!"Je souhaite à votre livre tout le bonheur que vous avez pris à l'écrire.

Raoul Vaneigem


Un mot me vient immédiatement à la lecture de ton livre : "épatant !" C'est une superbe marqueterie qui aurait pu constituer un roman d'initiation mais qui, de façon plus singulière, pointe quelques moments privilégiés... De la toute belle ouvrage !

Pierre Mertens


Votre livre est charmant et c'est une réussite. Scut l'aurait apprécié, j'en suis sûr.

Christian Bussy, le 14  septembre 2013


Quel est donc ce Monsieur "Non" que vous m'invitez à renconter chez vous ? Le provocateur Louis Scutenaire ressucité par votre plume. Il est caustique mais grâce à vous,  la rencontre avec ce casanier, en votre maison, fut plaisante. Ce roman contribue à faire connaître un grand écrivain surréaliste belge par trop oublié.

Joëlle Milquet, le 5 mars 2015



LA REVUE GENERALE,  OCTOBRE 2013


Que voici un roman – nous dirions plutôt un récit, voire une sorte de biographie non pas romancée, mais si fantaisiste et imaginative qu’elle se lit, en effet, comme un roman –, bien agréable à lire ! L’auteur, Pascale Toussaint, romaniste et qui, depuis 25 ans, enseigne la littérature  dans une école bruxelloise – ceci expliquant en partie sans doute cela –, a eu un coup de foudre pour la « Luzerne », la maison à Schaerbeek qu’occupèrent durant des années l’écrivain surréaliste Louis Scutenaire et sa femme, et où elle emménagea à son tour avec mari (séduit lui aussi) et enfants. Et voilà les  heureuses circonstances dans lesquelles peut naitre l’idée d’un ‘roman’ où se mêleront allègrement et sur un ton qui les rend très proches les uns des autres, les successifs habitants littéraires de « La Luzerne », Scutenaire en tête, bien entendu ! D’emblée, pour annoncer la couleur, un extrait de Poisson d’avril ou la vie sexuelle de Lili Pute, de Frédéric Dard : La meilleure histoire belge, je vais te la dire, c’est la plus terrifiante de toutes : « Il est une fois Scutenaire et les Belges n’en savent rien. ». Et les Français non plus. (…) Il dit tout, mais par brèves giclées, Scut.  Desdites giclées, le lecteur sera éclaboussé en tête de chaque chapitre, les titres de ceux-ci reprenant l’une des Inscriptions (Gallimard, 1945) de Louis Scutenaire (Préfère une injure qui délie à une louange qui enchaine. Regarder la réalité en farce. Il ne faut pas jouer avec l’argent, c’est sale. …) Tout au long du livre alterneront ensuite les passages dus à la plume pleine d’esprit et à la poétique imagination de Pascale Toussaint et, reprises en italiques, les évocations de Louis Scutenaire et de ses amis surréalistes, Magritte en tête…, par des spécialistes belges du surréalisme, Christian Bussy principalement.

Je voudrais vivre assez vieux pour savoir ce que je deviendrai. (Inscriptions). C’est tout vu : magnifiquement ressuscité le Scut ! grâce à celle qui aujourd’hui habite la maison de Louis Scutenaire et peut-être aussi, qui sait ? grâce à une nouvelle publication des Inscriptions par un éditeur incité et séduit, lui aussi, après lecture du chatoyant et savoureux roman de Pascale Toussaint !

France Bastia


AREAW

Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie


L’auteur, professeur de français à Bruxelles, a eu le grand bonheur d’acheter la demeure où vécut le couple Scutenaire-Hamoir, rue de la Luzerne, à Schaerbeek, juste en face de la Maison de Santé Titeca.  Que l’on se rassure ! ce n’est pas une histoire de fous qu’elle va nous raconter mais une sorte de roman à double fond : la vie quotidienne d’un de nos auteurs les plus caustiques et celle, plus sérieuse et plus studieuse surtout, d’une petite famille, toute fière d’habiter dans les murs où le poète surréaliste imagina tant d’inscriptions saugrenues. Jean (Louis pour la « gloire » de porter un prénom de petit pauvre de campagne), Jean Scutenaire est bien connu, non seulement pour avoir édité -chez Gallimard s’il-vous-plaît ! – ses fameux paradoxes et calembours que reprend Pascale Toussaint comme titres de ses chapitres, mais aussi et surtout pour avoir fréquenté la bande à Magritte, celle de Breton également mais moins souvent, et participé à la formidable révolution surréaliste que réussit, à sa manière, à la belge, sans tambour ni trompettes, cette drôle de compagnie d’artistes, de penseurs, de poètes et de joyeux mécènes.

C’est très plaisamment écrit à deux mains : l’une, en italique, nous fait revivre l’intimité du couple et comprendre d’où sont nées ces surprenantes Inscriptions très politiquement incorrectes ; l’autre nous fait partager les découvertes, les engouements, les fantaisies de madame le professeur de Lettres et de son mari qui réinventent à leur façon l’humour de ce pantouflard de génie que fut le Scut, tout en le faisant apparaître quelques fois, à la manière d’un personnage de Magritte, sur le trottoir, devant la boîte aux lettres, un billet à la main, ou sur un nuage en forme de tourterelle …

Regarder la réalité en farce ? Indispensable, quand on fréquente un tel bonhomme. Mais la farce ici est émouvante et l’imaginaire est si bien réalisé qu’on s’y croirait,  à écouter et regarder vivre dangereusement au coin du feu ce grand bavard silencieux que fut le con (mais non ! le compagnon…) d’Irène. Pas celle qui fit fantasmer ce polisson d’Apollinaire… Mais bien cette Irène (Irine, Lorrie…) grâce à qui notre bon méchant Scut a pu vivre si paresseusement de sa plume infatigable…

Michel Ducobu


Espace Livres


En plus d’une plaque commémorative (qui se trouve accrochée à la façade de sa maison), Louis Scutenaire peut se féliciter de cet hommage on ne peut plus original que lui rend Pascale Toussaint. Le roman qu’elle consacre au surréaliste belge, ami de Magritte, auteur des "Inscriptions" et doux rêveur aussi paresseux que casanier, est tout simplement formidable. Prenant argument de l’achat de la maison qu’occupa Scutenaire pendant (presque) toute sa vie et de son installation "à la Luzerne" (du nom de la rue où elle se trouve à Schaerbeek) avec son mari le peintre et écrivain Jacques Richard, Pascale Toussaint évoque le couple Scutenaire-Hamoir. Elle alterne des épisodes de la vie du surréaliste avec les différentes étapes de son installation dans la demeure hantée encore, dirait-on, par le fantôme de Scut...

Sans doute a-t-il soufflé à l’oreille de Pascale Toussaint cette stimulante initiative : écrire sous forme de roman une originale et formidable évocation de l’écrivain surréaliste. Originaire d’Ollignies en Hainaut, il habita presque toute sa vie, rue de la Luzerne à Schaerbeek...dans une maison que Pascale Toussaint et son mari, achetèrent en vente publique il y a une quinzaine d’années...


Les éditions Weyrich, (et en particulier la collection "Plumes du coq" placée sous la direction éditoriale de Christian Libens et Alain Bertrand), démontrent une fois de plus qu’elles s’inscrivent de plan pied dans le paysage éditorial littéraire francophone. Nous avions déjà évoqué plusieurs de leurs récentes publications et initiatives éditoriales comme la collection "La Traversée".


Edmond Morrel, dans la maison de Scutenaire, le 8 octobre 2013

Au micro d'Edmond Morel: http://www.espace-livres.be/J-habite-la-maison-de-Louis#accueil



En marche (Mutualité chrétienne)

Dans les livres (3 octobre 2013)


“On n’invente pas, on se retrouve”

Quatre auteurs belges nous font voyager ici et ailleurs, font de nous, leurs lecteurs, les témoins de rencontres humaines et littéraires, nous proposent d’explorer le monde proche, le monde lointain et le monde enfoui au plus profond de nous-mêmes.

Un couple, un jour, achète une maison en vente publique. Rue de la Luzerne 20, à Schaerbeek. “La belle maison”, dira leur petit garçon. “Pas n’importe quelle maison…”, a précisé le notaire. Il s’agit en effet de la maison qu’ont habitée, des années durant, l’écrivain Louis Scutenaire et sa compagne de toute une vie, sa femme, Irène Hamoir.

C’est avec émotion que Pascale Toussaint, professeure de français, passionnée de littérature belge et fervente admiratrice de l’écrivain, découvre et prend possession de ces lieux. Elle décrit les pièces et leur disposition, les murs criblés de trous des clous où étaient suspendues les œuvres de Magritte, grand ami du couple…

C’est dans cette maison où Scutenaire a écrit et peint que l’auteure rédige J’habite la maison du Louis Scutenaire, empruntant aux ‘inscriptions’ de son prédécesseur les titres des chapitres. Ceux-ci font alterner les évocations de la vie du célèbre couple et celles de la famille qui occupe les lieux aujourd’hui. Cela donne un livre original, ni essai, ni roman –même si c’est ainsi que l’éditeur le présente – et peu académique, ce qu’aurait apprécié l’auteur surréaliste. “On n’invente peut-être pas, on retrouve. L’inspiration, c’est peut-être la mémoire”, avait écrit Scutenaire. Pascale Toussaint a placé cette phrase en exergue de ce premier livre et cela en définit bien la démarche et le ton.

Anne-Marie Pirard


Blog de Françoise Chatelain :


La narratrice de ce récit ressemble fort à son auteure : elle nous raconte comment elle a acheté une nouvelle maison, l’a rafraîchie, s’y est installée avec sa famille et y vit. Quoi de plus banal me direz-vous ? Certes mais ce serait déjà une histoire bien suffisante pour nombre d’écrivains …

Dans le cas qui nous occupe, il n’y pas que cette histoire d’emménagement ; le lieu importe car ce n’est pas n’importe quelle petite maison d’une rue bruxelloise, non, c’est l’ancien logis de Louis Scutenaire qui y vécut de longues années avec sa femme, la poétesse Irène Hamoir.

Louis Scutenaire, « Scut » pour ses amis Magritte, Nougé et les autres, fit de cette maison schaerbeeckoise de la rue de la Luzerne, un des terrains d’expérimentation pour les surréalistes bruxellois qui, loin de Paris et des oukases de Breton, avaient mis le jeu au cœur de leur mouvement. Ils jouèrent donc, firent des photos (on retiendra en particulier la série de Nougé La Subversion des images qu’on peut voir au Musée de la Photographie de Charleroi ), filmèrent…

Pascale Toussaint est professeure de français et écrivaine. Avec l’aide de spécialistes du surréalisme belge qui ont connu Scutenaire, comme Christian Bussy ou Xavier Canonne par exemple, elle reconstitue le quotidien de la petite bande, entrelaçant avec bonheur passages de récit et citations qui accompagnent des instants de sa propre vie familiale dans cette maison, chargée de souvenirs et où survivent bien des fantômes qui partagent sans scrupule le quotidien de l’auteure.

Le livre se lit vraiement comme un roman, on y découvre une foule de détails insoupçonnés, des extraits du recueil de Scutenaire Mes Inscriptions… - à la manière surréaliste, chaque titre de chapitre est d’ailleurs une citation et je ne résiste  pas au plaisir de vous en proposer une qui me paraît tout à fait de circonstance par les temps qui courent : « Il est regrettable pour l’éducation de la jeunesse que les souvenirs sur la guerre soient toujours écrits par des gens que la guerre n’a pas tués. »

C’est une magnifique découverte accessible à tous les âges et pas seulement aux spécialistes ! J’en profite pour rendre hommage à la collection « Plumes du coq » des éditions Weyrich et à ses co-directeurs, Christian Libens et Alain Bertrand récemment décédé, qui ont eu la bonne idée de nous la donner à lire !

Pascale Toussaint se propose de partager ses découvertes dans les classes des professeurs qui le souhaitent, avec l’aide de l’opération « Écrivains en classe »; on peut la contacter via son site : http://pascaletoussaint.be/index.html


La Première:  au micro de Nicole Debarre:

http://www.rtbf.be/radio/podcast/player?id=1892470&channel=lapremiere


A  Télé Bruxelles :

www.telebruxelles.net/.../28393-m-14112013


Notele (Tournai):

http://www.notele.be/index2.php?option=com_content&task=emailform&id=27918&itemid=31

Quelle légèreté ! Quel douceur dans le propos, et quelle justesse ! Comme la vie peut paraître simple quand on habite la maison de Scutenaire ! Comme on est loin des logorhées des surréalistes de Paris. Je pensais connaître Scutenaire, mais il m'est devenu un familier, j'oserais dire un ami, c'est comme si j'avais été boire une trappiste chez lui cet après-midi.

Ah ! Ce livre, si on n'en parle pas, c'est que les critiques sont définitivement des adeptes du copier-coller ! J'ai pensé au début au livre Bohêmes de Dan Franck, tant c'est bien documenté, mais c'est beaucoup mieux, on ne sent jamais l'érudition, en revanche, on a envie d'aller s'imprégner d'un peu d'odeur de tabac au 20 rue de la Luzerne… Et je découvre que Frédéric Dard avait tout compris, au fond, j'aurais dû m'en douter.

Alain Dantinne, 1e septembre 2013



Pour un coup d'essai !  Voilà qui promet, espérons-le, une longue série de réjouissances littéraires.

L'auteure est largement à la hauteur de son sujet :  Louis Scutenaire et ses Inscriptions, un homme entier et complexe, une oeuvre raffinée et sans concessions. Une mine de renseignements  parfois neufs et toujours rigoureux. Une évocation retenue, amusée, complice du quotidien d'un amoureux perpétuel  et  d'un casanier de génie. Une écriture sans apprêt qui atteint d'amblée à la simplicité des grands et ne démérite jamais de l'ancien occupant de la "Luzerne". Ça se lit comme un roman policier, une solide culture et une exigence sans faille en plus. Mieux que de la belle ouvrage, un vrai talent.

"510220", 13 septembre 2013



Le professeur a revêtu le costume d'écrivain ...pour le plus grand plaisir de ses lecteurs !!

Une écriture vive, légère , épurée ... La phrase avance, voltige . On ne s'appesantit pas.

La structure du récit qui se partage en 2 versants est judicieuse , bien équilibrée. Il fourmille

de détails intéressants , parfois pittoresques , toujours inédits sur les surréalistes belges,

le cercle rapproché des Scutenaire.

Et donc une réussite , tant sur le fond que sur la forme.

En plus , le livre est plaisant à tenir en mains, il est bien proportionné. On a tout de suite envie de le feuilleter avant d'entamer sa lecture.

Un regret tout personnel : J'aurais apprécié que le récit donne plus d'espace aux "habitants actuels"de la Luzerne.

Nadine d'Arian